ECOLES PRIVEES AU MALI: Le profit privilégié aux dépens de la qualité de l’enseignement

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Trente deux (32) milliards ! C’est ce que le Trésor public devait aux écoles privées du Mali qui ont observé une grève de protestation pendant toute le mois d’octobre 2018. Le Secrétaire général du ministère de l’Education et de l’Enseignement supérieur avait annoncé à un moment annoncé sur le plateau de la télévision nationale (ORTM) avoir épongé 25 milliards de F Cfa et attendait les justificatifs pour payer le reste. Une information aussitôt démenti par les promoteurs privés. Au-delà de cette polémique, nous pensons qu’il est temps de mettre de l’ordre dans ce milieu qui sombre chaque année dans des pratiques mafieuses.

 

Beaucoup d’écoles sont crées de connivence avec des cadres de l’Education et d’autres départements ainsi que des élus (députés et maires promoteurs d’écoles privées) pour arnaquer les parents et empocher l’argent du contribuable. Sur le plan pédagogique et académique, combien d’établissements répondent réellement aux normes d’enseignement primaire, secondaire, professionnelle ou universitaire au Mali ?

Sur la question Mohamed Bâ, un jeune juriste (Doctorat en Droit public international) «engagé pour le Mali», il est temps que l’Etat s’assume.

«Pour venir à bout d’un arbre il faut s’attaquer à la racine», a-t-il conseillé dans un récent débat sur la question sur les réseaux sociaux. «Le phénomène d’écoles privées est devenu dans notre pays, depuis quelques années, un gros business pour les opérateurs économiques et de nombreux fonctionnaires de l’Etat. Elles poussent comme des champignons», a-t-il déploré. Un triste constat largement dénoncé par les intervenants dans ce débat.

«L’Etat est à la base de tout par le comportement immoral et le manque de conscience professionnelle de certains agents. Et il ne cesse d’entretenir la situation dans laquelle on se trouve», déplore M. Bâ.

De prime abord, rappelle-t-il comme beaucoup d’observateurs, rares sont les établissements privés qui ont respecté les règles de création et d’ouverture des écoles privées. Et cela parce que «ceux qui procèdent à l’inspection au sein des infrastructures prennent de l’argent pour valider les dossiers en retour». Ce qui fait que «certains établissements ne sont pas dignes de revêtir la qualité d’école privée en raison de leur état délabré».
Sans compter que depuis fort longtemps, déplore le jeune juriste, «le processus de répartition des élèves admis se fait par affinité, sous la pression et l’influence des promoteurs, des fonctionnaires et des décideurs politiques. Le choix de l’élève est rarement pris en compte».

«J’ai d’ailleurs été témoin, une fois dans le bureau où l’on procède aux orientations et transferts, d’une scène où l’agent du département attribuait par simple copier-coller plusieurs dizaines d’élèves à une école contre une somme donnée en espèce par le promoteur», témoigne ce jeune cadre qui se bat pour le changement de comportement afin que le pays puisse réellement redécoller dans tous les secteurs.

Il arrive aussi, que lors des étapes administratives des orientations, les documents soient renvoyés au point de départ parce que les écoles de certaines personnes influentes (ministres, chef de cabinets…) n’ont pas reçu assez d’élèves. Et Mohamed ne cache pas sa conviction que «l’impasse actuelle comporte une part importante de règlement politique, en plus de l’aspect financier».

Par rapport à cet aspect financier, il peut aussi arriver que l’Etat paie 2 fois la scolarité d’un élève par «manque de rigueur et de transparence dans le contrôle physique des élèves présents dans lesdits établissements». Et plusieurs centaines d’élèves changent d’établissements parce qu’ils ont été orientés dans une école qu’ils n’aiment pas ou qui est trop loin de chez eux, parfois dans un autre cercle ou une autre région. En conséquence, il arrive que le Trésor paie la subvention de l’élève à l’école ou il a été orienté en premier lieu, de même qu’à celle où il a été transféré. Et cela d’autant plus que les promoteurs des deux établissements le maintiennent dans leurs effectifs.

«Cette situation est une bombe à retardement qui, tôt ou tard explosera, au même titre que toutes les manies de fraudes et de corruption entretenues par le système de gouvernance», avertit Mohamed Bâ.

D’où la nécessité d’une courageuse purge dans ce milieu des écoles privées pour l’assainir. Il le faut non seulement pour y imposer la transparence, mais aussi et surtout qu’elles ne continuent pas à sacrifier l’avenir de nos enfants sur l’autel du profit des promoteurs pour qui leurs comptes en banque priment sur la qualité de l’enseignement dispensé dans leurs commerces, pardon, dans leurs écoles !

Moussa Bolly

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