INTIME CONVICTION : Comment IBK peut-il se réconcilier avec les Maliens

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A peine investi le 3 septembre 2018, le président Ibrahim Boubacar Keïta semble déjà avoir le dos au mur. Presque toutes les organisations syndicales sont en ordre de bataille, la contestation politique menace la cohésion de la majorité présidentielle avec la prorogation du mandat des députés et l’avant-projet de redécoupage administratif. Dans un pays où presque plus rien ne bouge, le silence du chef est comme la trahison d’un commandant qui abandonne sa troupe au front. S’il veut mener ce mandat à bien et surtout à terme, IBK doit sortir de l’isolement imposé par certains de ses « proches » pour communiquer avec son peuple afin de se réconcilier avec lui.«Le paradoxe qui décrédibilise les politiques est qu’ils ne peuvent se hisser au sommet de l’État qu’en affirmant incarner un peuple auquel, en s’élevant peu à peu, ils ne ressemblent plus du tout». La citation est de Philippe Bouvard (« Mes dernières pensées sont pour vous », 2017). Elle colle au Mali de l’ère démocratique d’autant plus que la rupture est de plus en plus profonde entre le peuple et ses dirigeants. Une fois élus, ceux-ci se réfugient dans des tours d’ivoire pour savourer leur victoire au point d’oublier ceux dont ils se sont servis comme ascenseur.

A peine la page de la présidentielle tournée, avec la réélection (toujours contestée par certains opposants) d’IBK, le vent de la révolte du peuple se fait sentir depuis quelques semaines sur le Mali. Retard dans l’orientation des admis au DEF (effective depuis le mardi 30 octobre), grèves qui paralysent le pays (surtout celles des magistrats et des écoles privées), vie de plus en plus chère pour la majorité des Maliens (faire les emplettes est une équation de plus en plus sans solution pour de nombreuses ménagères)…, tensions sociales, politiques et économiques sont palpables.

Un climat de méfiance commence donc à s’installer au moment où le Mali se retrouve face à des défis majeurs qui requièrent une importante mobilisation, surtout la cohésion sociale et l’unité d’action. Le président IBK perçoit-il cette menace ? En tout cas, son silence, voire son indifférence face à la situation actuelle du pays, l’éloigne davantage de son peuple.

Après sa réélection, le président de la République semble avoir laissé le Premier ministre aux commandes du « bateau Mali ». Un navire ivre qu’on lui reproche de conduire en fonction de ses intérêts politiques au point de vouloir priver le Chef de l’Etat de sa base (démolition du RPM en cours) pour mieux l’isoler sur l’échiquier politique.

Prorogation du mandat des députés, « réorganisation du territoire national »… sont loin des préoccupations réelles du peuple Malien. Pis, ce sont des initiatives qui isolent d’avantage un régime qui a pourtant toutes les raisons de travailler à asseoir sa légitimité au sortir d’une présidentielle qui a plus que jamais divisé les Maliens.

Moins concerné par les difficultés des Maliens ?

 Trois mois après son investiture, il est plus que jamais nécessaire qu’IBK sorte de sa tour d’ivoire pour reprendre l’initiative politique. Il doit s’ouvrir à son peuple, aux compétences nationales. Il ne doit pas surtout se fier aux foules des meetings politiques ou aux « bains de foule » lors de ses visites à l’intérieur. La réalité est tout autre et le fossé entre lui et son peuple est de plus en plus profond parce que ses compatriotes ne le sentent pas toujours concerné par leurs difficultés.

Comment se réconcilier avec les Maliens ? A notre humble avis, le mieux à faire, c’est de refuser d’être isolé de son peuple. Il est le chef et il doit reprendre l’initiative comme tel. D’où la nécessité d’ouvrir sa porte aux forces vives pour écouter les Maliens. Il ne s’agit pas d’aller aux populations dans un élan populiste. Mais de trouver les meilleurs canaux pour les écouter et partager leurs attentes et leurs préoccupations.

Ce pays regorge de compétences dont il ne faut pas se priver pour des considérations politiciennes. Il suffit de créer un cadre d’échanges avec tous ces anciens présidents, Premiers ministres et ministres, ces élus (de tout bord), ces cadres… qui ne manquent pas d’idées pour relever les défis actuels mais qui ne savent pas à qui les confier parce que les projets sont détournés et leurs initiatives étouffées par des responsables hiérarchiques craignant pour leur carrière.

Un leader ne doit pas prendre la parole à tout bout de champ. Mais il ne doit pas aussi garder le silence face à certaines situations. C’est pourquoi la communication, surtout politique, est une question de timing. Comme l’a rappelé l’universitaire Françoise Boursin (Paris-Sorbonne), «employée à contretemps, elle risque de miner davantage la confiance indispensable à la démocratie, car légitimant l’homme politique…».

Revaloriser les aspirations du peuple, lui redonner confiance et recréer le lien social doivent être aujourd’hui les priorités d’IBK pour réellement se réconcilier avec les Maliens. Selon des politiques, de nombreuses solutions existent. Mais, encore faudrait-il avoir le courage politique car, souligne Manon Loison (« Redonner la confiance au peuple », Éthique publique), «revitaliser la démocratie, ce n’est pas sortir du politique, bien au contraire».

Poser les jalons d’une véritable démocratie participative

La solution la plus discutée est sans doute l’idée d’une démocratie plus participative, très à la mode en ce moment. Ce concept passe par divers impératifs dits « participatifs » et « délibératifs » qui exhortent à consulter directement le peuple, de l’instruire davantage, de lui donner la parole par l’intermédiaire de différents moyens et canaux…

Il ne s’agit pas d’instrumentaliser le peuple comme tente de le faire maladroitement l’opposition et le Collectif pour la défense de la révolution (CDR). Mais de redonner confiance et fierté aux citoyens.

«La politique, qu’on le veuille ou non, reste le socle fondateur des sociétés car c’est le ciment par lequel toutes les décisions sont mises en mouvement», rappelle Manon Loison dans « Redonner la confiance au peuple« .

Face aux multiples défis auxquels le Mali est contraint de faire face depuis bientôt dix ans, nous devons réfléchir ensemble et agir de concert pour restaurer et renforcer la fondation de base de toute société humaine qui est la confiance. Pour ce faire, il faut un guide, un leader, un chef qui ne se mure pas dans le silence, qui sait parler à son peuple quand il faut pour le galvaniser et rester dans son estime !

Hamady Tamba

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