TEDx BAMAKO 2018 : Le futur du Mali balisé à la lumière de l’expérience des compétences avérées

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La première édition de TEDx Bamako (TED pour Technology, Entertainment and Design) a vécu le samedi 3 novembre 2018 dans une salle «Baobab» du Sheraton Hôtel qui a refusé du monde pour la circonstance. Initié par Acountability Lab Mali (ALAB/Mali), l’événement avait comme marraine la jeune ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Mme Kamissa Camara. Et pendant presque quatre heures d’horloge, une dizaine de speakers (orateurs), se sont succédé pour donner leur vision du futur du Mali en fonction de leur propre expérience.«Le futur que nous voulons» pour le Mali ! Telle était la thématique centrale proposée aux panélistes, dont cinq femmes, de la première édition de TEDx Bamako (Conférence, cocktail de Networking et des stands d’exposition-vente) qui a eu lieu samedi dernier, le 3 novembre 2018 à l’hôtel Sheraton.

Pour le directeur-pays d’Acountability Lab Mali (ALAB/Mali), M. Moussa Kondo, cet événement se veut un «un champ d’échange d’idées sur divers sujets». Au Mali, il a été rendu possible grâce au courage et au dynamisme d’une jeune équipe qui partage la même vision du futur en servant la nation avec honnêteté et dévouement.

Quel futur voulons-nous pour notre pays assailli par les défis et menacé même dans sa fondation comme République ? Difficile de répondre à cette question tant le chantier est vaste. Mais, cette réponse est aussi capitale si nous voulons réellement changer de cap, ressouder les morceaux par des solutions pertinentes et durables afin d’amorcer une dynamique d’émergence socioéconomique.

Chaque orateur avait dix minutes pour exposer ses idées. Ingénieur agronome et agro économiste, M. Sidiki Sow a surtout axé son intervention sur les potentialités agricoles qui sont une niche d’emplois et un tremplin du développement économique. Il s’est particulièrement penché sur ce que le pays peut tirer de la transformation du coton dont notre pays a produit cette année au moins 700 000 tonnes. Une production qui fait de lui le leader africain.

Avec 4 millions de cotonculteurs (1/5 Maliens) et 15 % PIB, la CMDT fait 215 milliards de chiffres d’affaires. Mais, la «Transformation du coton est surtout une usine d’emplois», a souligné M. Sow. Selon cet expert, avec 20 unités de transformation de l’or blanc, il est possible de créer 200 000 emplois pérennes réduisant le taux de chômage de 15 % et générant 600 milliards de F Cfa de chiffres d’affaires…

Cela nécessite des solutions innovantes pour financer le secteur industriel, multiplier les sources d’énergie à coût abordable, trouver des stratégies pour faire face à la concurrence internationale et surtout disposer de ressources humaines bien formées. Selon Sidiki Sow, la valorisation du coton malien ne doit pas être l’affaire du seul gouvernement. Tout le monde doit s’y impliquer, notamment le secteur bancaire.

Rebâtir le Mali sur le socle de l’éducation et de l’intégrité

Très ovationnée, Mme Kamissa Camara avait été sollicitée comme oratrice avant sa nomination comme ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. Elle s’est adressée surtout à la jeunesse, notamment les jeunes filles.

Le chef de la diplomatie malienne leur a conseillé de se tenir par la main, de se soutenir dans les initiatives pour aller de l’avant. «La réussite de votre voisin est votre réussite. Cela n’avance pas de toujours chercher la petite bête chez les autres, de se jalouser…», a conclu Mme Kamissa Camara.

Syndicaliste (UNTM), Mme Gnama Koné a axé son intervention sur l’intégrité et le travail décent. «La couleur ne fait pas la valeur d’un homme, mais le travail bien fait», a-t-elle souligné en citant son père. Et d’ajouter, «c’est notre volonté de nous remettre au travail qui déterminera le futur de notre pays». Elle a préconisé le dialogue pour apaiser le climat social et politique, la consolidation de la protection sociale, la réforme des systèmes d’éducation et de santé. «L’intégrité doit être le socle de tout ce que nous envisageons comme le futur du Mali», a défendu Gnama Koné.

«Ressources naturelles : quels enjeux  futurs pour le futur» a inspiré Mohamed Lamine Diarra, Country manager de la société minière B2Gold qui intervient dans la zone de Kéniéba. Est-ce que l’or (8 % du PIB) brille pour tout le monde dans notre pays ? «Oui. Mais sa lumière est ternie par des problèmes de communication», a répondu le jeune manager. Et selon lui, investir dans le bien-être des communautés doit être une priorité des compagnies minières.

La sienne, B2Gold, a investi 20 millions de dollars pour offrir un nouveau village avec plus de commodités à 800 habitants dans sa zone d’exploitation. «Chacun à sa vision du futur», a souligné M. Diarra.

Selon Mme Fayelle Ouane, co-fondatrice de Suguba, «le futur est un film dans lequel les jeunes seront des stars et non des figurants». Ce qui nécessite de transformer «notre jeunesse en dividende démographique». Pour être des leaders, elle a conseillé aux jeunes d’avoir une excellente connaissance de soi ; d’aborder les problèmes comme des opportunités pour trouver des solutions innovantes…

C’est ainsi qu’ils pourront dresser des passerelles pour passer de demandeurs à créateurs d’emplois en s’adapter à des défis constamment changeants. Pour Mme Fayelle Ouane, «l’éducation est la base du futur du Mali».

Quant à Tidiani Togola, Fondateur et directeur exécutif de Twindi, il s’est basé sur une ville imaginaire pour démontrer qu’il faut «bâtir aujourd’hui la démocratie de demain par les civic-techs». Il s’agit des plateformes technologiques créant les conditions pour que par exemple «chaque décision puisse émaner du peuple». Cela va conduire à des changements politiques et permettre de partager des connaissances précieuses avec la communauté. Ce qui nécessite une volonté commune d’utiliser les nouvelles technologies par les populations, pour les populations et dans leur intérêt exclusif.

Directrice exécutive de VIZEO, Mme Nabou Fall a tenu l’assistance en haleine par son récit des Reines, des guerrières et des «héroïnes oubliées de l’histoire du Mali. Pour elle, «l’histoire des femmes africaines est méconnue». Sinon, a-t-elle martelé, «le pouvoir des femmes n’est pas quelque chose de nouveau en Afrique». D’où la nécessité pour les africaines de réclamer, «notre histoire».

Un événement exceptionnel à perpétuer

Pour cette brillante oratrice, «l’Africaine du futur» doit partager son savoir et ses connaissances, s’assumer dans les instances de décision, être une gardienne des traditions, se former et s’informer. Et, a conclu Nabou Fall, elle a «droit à la liberté, à l’égalité et à la parité».

«Le handicap n’est pas une fatalité», a défendu Mme Konaté Zeīneb Guissé, présidente de la Fédération régionale des Associations des personnes handicapées du District de Bamako, à la lumière des anecdotes sur sa relation avec son papa. Pour cette dynamique femme entrepreneure (ferme, cybercafés…), avec une vie associative assez fournie, «une personne handicapée est celle qui refuse de travailler et qui vit au crochet des autres. Une personne handicapée est celle dont les préjugés empêchent de venir aux autres et de surmonter ses propres limites».

Directrice exécutive de Musoya, Mme Coumba Bah voit «le Mali du futur comme un pays où les hommes cesseront d’être juste des géniteurs pour devenir de vrais papas».

L’événement a été émaillé de danse et de prestations artistiques, notamment la prestation de Van Guitare, l’actuelle coqueluche de la musique malienne. Comme on peut le constater, TEDx Bamako a été un événement exceptionnel qu’ALAB/Mali promet de perpétuer.

A noter que les conférences TED (Technology, Entertainment and Design) sont une série de conférences organisées au niveau international par la fondation à but non lucratif américaine,  The Sapling foundation. Elle a pour but de diffuser des «idées qui valent la peine d’être diffusées» («ideas worth spreading» en anglais). La conférence TED a été fondée en 1984 par Richard Saul Wurman et Harry Marques et se déroule tous les ans depuis 1990 même si Wurman a quitté  la conférence en 2002.

Les premières conférences se sont tenues en Californie en 1984, d’abord à Monterey puis à Long Beach. Et, plus récemment, deux fois par an dans d’autres villes du monde sous l’appellation «TED Global». Depuis 2014, la conférence principale TED a lieu à Vancouver, au Canada.

Les exposés couvrent un large éventail de sujets, tels que la science, les arts, la politique, les questions mondiales, l’architecture, la musique et plusieurs autres sphères de compétences. Les intervenants eux-mêmes sont d’une grande variété de disciplines.

Au Mali, compte tenu de la crise multidimensionnelle que notre pays traverse depuis 2012, le futur du pays a été le thème central autour duquel les speakers ont centré les interventions. Et le plus important, si nous résumons les interventions, est que nous pouvons avoir des visions différentes du futur du Mali, mais le plus important est que chacun s’oublie un moment pour mettre la main à la pâte collective avec sincérité et intégrité.

Moussa Bolly

 

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