Crise syndicale à la CMSS : des détails troublants

La Caisse malienne de sécurité sociale traverse depuis des mois une crise avec en toile de fond la lutte pour le contrôle du comité syndical.

Le torchon brûle entre le personnel de la Caisse malienne de sécurité sociale (CMSS). Les travailleurs se livrent à une guerre sans merci pour le contrôle du comité syndical, affilié à la section Administration générale du Syndicat national des administrations d’Etat (SAG-Syntade), une des treize sections syndicales de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM). 

De quoi s’agit-il ?

Tout est parti du 19 avril 2018, date de l’assemblée générale élective du comité syndical de la CMSS. Quatre candidats étaient en lice pour le poste de secrétaire général. Il s’agit des sieurs Malick Diallo, Mamadou Moro, Tierno Madani Thiam et Modibo Yattara, secrétaire général du bureau sortant. L’élection était supervisée par le secrétaire général de la SAG-Syntade, Khéfing Kanté, dont Modibo Yattara est l’adjoint.

Sans trop de détails, les textes de l’UNTM admettent trois modes de scrutin : le consensus, le vote à main levée ou le bulletin secret. C’est ce dernier choix qu’a souhaité Thierno Madani Thiam. Les différents candidats se sont retirés durant une vingtaine de minutes pour accorder leurs violons, sans arriver à trouver un consensus.

Le rapport de l’Huissier Me Aliou Kéita en atteste. Malick Diallo a aussitôt décidé de jeter l’éponge. À l’issue d’un vote à main levée, Modibo Yattara a été élu secrétaire général. Sur ce choix, les avis divergent. Pour les uns, c’est la majorité qui l’a décidé. Pour d’autres, par contre, c’est Khéfing Kanté qui l’aurait imposé.

Il est reproché à M. Kanté d’avoir pris sur lui la responsabilité de diriger les opérations de renouvellement malgré le choix du doyen de l’assemblée générale. Ce que nie Khefing Kanté, qui affirme qu’un superviseur n’a pas qualité de choisir le mode de scrutin. Il se défend de toute ingérence. «Mon rôle est d’aller constater le déroulement du scrutin conformément aux textes en vigueur», précise-t-il.

Khéfing Kanté intronise Modibo Yattara… Thiam sollicite l’annulation pure et simple de l’assemblée générale

Par une lettre en date du 23 avril, Thierno Madani Thiam a saisi le président de séance du 13e congrès du Syntade. En objet, M. Thiam écrit que Khéfing Kanté a violé les conventions 87 et 98 de l’Organisation internationale du travail (OIT) et les statuts et le règlement intérieur du Syntade et de l’UNTM. Il estime que M. Kanté a imposé à l’assemblée le mode de scrutin à main levée qui avantage Modibo Yattara. Ce qui constitue, selon lui, une violation de l’article 12 des statuts de l’UNTM. M. Thiam accuse également Khéfing Kanté d’avoir admis une centaine de stagiaires à l’assemblée générale, ce qui est contraire aux dispositions de l’article L258.

Lequel pose une exception de six mois que les stagiaires ne pouvaient justifier. «Malgré un climat délétère et contre toute attente, Khéfing Kanté, sans décompte de voix, intronisa Modibo Yattara comme secrétaire général», précise M. Thiam.  

Au regard de ce qui précède, il sollicite l’invalidation pure et simple de l’élection et la tenue d’une nouvelle assemblée crédible et transparente. Une information confirmée par le rapport d’huissier, dont le Wagdu a reçu copie. «Il n y’a eu ni vote, ni décompte ; que sur les quatre candidats deux ont demandé le report compte tenu du climat qui ne s’y prête pas», peut-on lire.

Le BEN-Syntade demande la reprise du scrutin sans succès

Face à la contestation qui ne faiblissait pas, Khéfing Kanté a, par une correspondance en date du 28 juin, adressée au Bureau exécutif national du Syntade, transféré la requête du candidat Thierno Madani Thaim. Dans cette lettre, M. Kanté demande au bureau exécutif du Syntade de mieux user de ses prérogatives statutaires. Cependant, Khéfing Kanté écrit qu’il serait judicieux de constater la régularité du scrutin d’avril avant la convocation de la conférence de section prévue pour le mois de juillet.

En réponse, le bureau exécutif du Syntade a demandé la reprise du scrutin. Une correspondance en date du 8 juillet a été adressée à Madame la Directrice de la CMSS, Doucouré Dougoubarka Sylla, de bien vouloir autoriser exceptionnellement l’organisation d’une assemblée générale extraordinaire sous sa présidence aux fins d’aplanir le différend à la CMSS. Il exhortait également la direction générale d’observer une stricte neutralité pour éviter des accusations d’ingérence extra-syndicale.

La directrice de la CMSS  s’y refuse

Une demande est restée lettre morte. Modibo Yattara et la Directrice générale ont opposé une fin de non-recevoir. Le premier estime qu’il a été élu et la seconde prétexte que le bureau a été validé par la SAG-Syntade. Cela malgré l’injonction de l’UNTM, qui rappelle que la validation d’un bureau émane du BEN-Syntade. La directrice de la CMSS refuse d’obtempérer et demande toutefois de lui donner du temps, qu’elle a mis à profit pour mettre en place un premier, puis un deuxième comité de conciliation, sans parvenir à une issue favorable.

Il nous revient que sur les quatre rounds de négociations, que Modibo Yattara ne s’est présenté qu’une seule fois. Difficile de vérifier ces allégations auprès d’une source indépendante, le président de la Commission, M. Guindo, n’ayant pas voulu répondre à nos sollicitations. Il dit n’avoir pas eu le temps de contacter sa hiérarchie. Nous l’avions pourtant contacté trois jours avant d’écrire notre article de presse. Une assemblée générale a finalement été organisée le 13 septembre à la Bourse du travail. Laquelle a élu Thierno Madani Thiam en l’absence de Modibo Yattara.

Le bureau dirigé par Thierno Madani Thiam validé, Madame la directrice  se tient droit dans ses bottes

Le différend a été porté devant le 13ème congrès du BEN-Syntade, prévu pour le 21 novembre. Les deux candidats avaient été invités à faire prévaloir leurs arguments devant l’instance suprême du Syntade. Une assise boudée par Modibo Yattara. Le Congrès, après avoir écouté Thierno Madani Thiam, a décidé de valider le bureau qu’il dirige. Une correspondance a été envoyée à la Directrice générale de la CMSS, le 27 novembre, pour lui notifier la validation du bureau dirigé par M. Thiam, suivie d’une autre le 6 décembre.

La centrale syndicale, à travers une correspondance, s’est plainte le même jour devant la ministre du Travail du comportement anti-syndical de la directrice de la CMSS. Malgré tout, Doucouré Dougoubarka Sylla n’a fléchi. Ce qui conforte M. Thiam qui l’accuse d’être en connivence avec son adversaire, qui n’est autre que son chef du protocole. «Elle a peur de nous», clame-t-il. Pour preuve, M. Thiam estime que la directrice a maintenu le nom de Modibo Yattara sur la liste des membres du Conseil d’administration qui doit se tenir dans les jours à venir comme représentant des travailleurs.

Modibo Yattara s’est dérobé à nos questions

Toutes nos sollicitations auprès de Modibo Yattara, l’autre protagoniste de la crise, sont restées vaines. Contacté au téléphone le jeudi, il dit ne pas aimer les longs entretiens au téléphone et nous demande de passer le lendemain au service. Chose faite. Une fois à la CMSS, Modibo Yattara dit ne pas avoir le temps.

«Je n’ai pas la tête à un entretien. Je gère une crise», avait-il lancé. Il a demandé de le rappeler le surlendemain samedi. Ce qui fut fait. Sans succès. Il s’est dérobé à nos questions arguant un décès chez l’un de ses voisins et tout en promettant revenir vers nous. Après l’avoir manqué à son bureau, le lundi, nous l’avons joint au téléphone. Il a affirmé être en réunion et avait promis de nous rappeler dès qu’il termine.

La directrice n’est impliquée ni de près ni de loin

Le chargé des relations publiques de la CMSS, Souhabou Traoré, s’exprimant au nom de la directrice, estime qu’elle n’est impliquée ni de près ni de loin dans cette histoire syndicale. Doucouré Dougoubarka Sylla a toujours appelé les différents protagonistes de la crise au dialogue, d’où la mise en place des commissions de conciliation.

«C’est pour éviter une nouvelle tension au service que Madame la directrice a refusé  d’autoriser l’organisation d’une nouvelle assemblée générale», en tire prétexte le chargé des relations publiques. Sur les échanges de courriers entre la directrice générale et le secrétaire général de l’UNTM, Souhabou Traoré, dit ne pas être dans le secret des dieux et ne peut, par conséquent, répondre à cette question.

C’est dans ce contexte qu’une coordination des comités syndicaux de Kayes à Kidal, dirigée par Thierno Madani Thiam, a été mise en place le vendredi 1er févier au siège du service. Une cérémonie qui a vu la participation d’Ousmane Traoré, secrétaire chargé des relations extérieures du BEN-Syntade et membre du bureau de l’UNTM.

Comme pour tourner la page, il a déclaré que l’Etat discutera avec le bureau dirigé par M. Thiam. Cette reconnaissance ne semble pas calmer les ardeurs. «Le combat ne fait que commencer. Nous allons casser la gueule de Madani s’il rentre dans notre bureau», prévient un agent.

Les jours à venir promettent d’être très mouvementés à la CMSS. «Il n’est pas exclu qu’un autre comité syndical affilié à une autre centrale syndicale soit mis en place, rapporte une source, qui ajoute que les travailleurs ne se reconnaissent plus ni dans l’un ni d’autre camp».

Abdrahamane Sissoko

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