Hommage│ Layiri O Cheick, confidences de l’au-délà

Layiri Ô Cheick ! Beaucoup de mélomanes ne le connaîtront pas sous ce nom. Sur scène, Seydou Diabaté est venu Larry Cheick. Nom de scène qui aura marqué l’histoire de la musique (reggae) ivoirienne.
Depuis les familles musicales Roots puis Reggae Roots [qui a donné l’album de huit titres Sarajevo crime, sorti en 1984] avec Georges Kouakou (Clavier), Sam Koné (batterie), Lazare (clavier), Yao Mao, Kamassa Seck…, Larry Cheick – surnommé Le lion de Treichville -assoiffé de challenges, a fait plus tard le choix d’une carrière solo.

Chant et paroles de l’au-delà

Le 5 juillet 2019, Larry Cheick a déposé son micro, rejoignant ceux qui l’ont précédé dans l’au-delà. Avant cet ultime voyage dans ”cette cité que l’on rejoint d’une marche sans fin”, tel qu’il le décrit dans le chant Kiaman tiré de l’album Code Penal en 1993, le chanteur avait (déjà) signé un pacte (Layiri, en malinké) avec son créateur, Dieu. Ainsi, pour témoigner de cette foi en l’Éternel, le serviteur qu’il a été, éprouvé par la maladie – le diabète qui le priva en septembre 2016 d’une jambe – avait fait la promesse de le louer (Dieu) le reste de sa vie sur la terre des hommes.

Mais, de l’origine de ce pacte, Layiri qui par déformation a donné Larry – que tout le monde connait, est le nom que lui a donné son grand-père. Comme l’explique le journaliste ivoirien Eustache Gnaba dans la biographie (du nouvel album classé posthume) que Larry lui avait confié l’écriture, “ce nom (qui) renferme une histoire et une signification, matérialise le lien fort qui les unit [grand-père et petit-fils]. C’est en quelque sorte un contrat qui les lie”.

Layiri : Une renaissance s’opérait …

Entré en studio en 2018 à Abidjan, avec ses fidèles amis Sam Koné (batteur) et Moctar Wurry (clavier) venus de France, Larry Cheick a enregistré un album de douze (12) titres. Pour en donner une coloration de ce qui devait être cette nouvelle production après un Best Of sorti en 2013, un maxi single (2 titres) était prévu pour combler neuf ans d’absence auprès de ses fans. Contre sa volonté, cette œuvre sortira – on l’espère – à titre posthume. 
En paroles et en chants, Larry avait tout réunis pour témoigner ce pacte avec son créateur. A Abidjan, un musicien qui a eu le privilège d’écouter deux titres de cet album, partage ce sentiment: “C’est comme si Larry savait qu’il nous quitterait. Les paroles sont fortes et teintées de spiritualités !“.

Le journaliste Eustache Gnaba qui a réalisé en 2018 pour le compte de la Radiodiffusion Télévision Ivoirienne (RTI) le document “Pourquoi j’ai été amputé” (6’56 mn), a, quant à lui, été gratifié, dans la demeure de Larry à Abobo-Baoulé, d’une séance d’écoute (avec le regretté artiste) de ce nouvel album qui après l’enregistrement d’Abidjan a été envoyé en France, pour sa finalisation.

Musicalement, confie le journaliste à Farafinet.com, “pour ceux qui ont connu Code Penal, c’est un retour aux sources”. Si le nom (titre) de cet album n’a pu être donné par Larry lui-même, l’artiste, soutient le confrère Gnaba, entendait “se donner le temps de la réflexion”.
Quid du contenu et du message, Eustache Gnaba souligne une profondeur dans les nouveaux textes du chanteur disparu. “Chanté en bambara, comme une prémonition, il parlait beaucoup de l’au-delà. Exit les problèmes de société. Dans les textes marqués d’une pensée philosophique, il parlait beaucoup de lui-même, de ses erreurs, ses regrets, de qu’il sera, etc.”, a témoigné le confrère. Fidèle aux valeurs que le caractérisent (humilité, foi modestie, amour et respect du prochain), Larry Cheick n’oublie pas d’interpeller les uns et les autres sur les actes (négatifs) qu’ils posent, conclu Eustache Gnagba.

De Larry Cheick à Layiri, il y a DIEU !

De part sa renaissance spirituelle sinon artistique, le soixantenaire Larry Cheick devait se fondre dans la peau de Layiri O Cheick (le nom qu’il devait porter une fois le nouvel album sorti). Cette transformation qui devait s’opérer avec la sortie dudit album dont il ne verra pas l’aboutissement, les mélomanes garderont de lui (le) Larry et non Layiri O Cheick.

Mais, de Layiri, les mélomanes retiennent – sûrement – le chant “Kiaman” (l’Au-delà) tiré de l’album Code Penal (1993) dans lequel le chanteur évoque (autoportrait) le nom de cet enfant du nom de Layiri. Ce texte teinté de spiritualité crée une relation ciel et terre entre l’humain (Layiri) et Dieu. Cette foi religieuse, qui ne résulte pas – c’est certain – de l’épreuve de la maladie qui lui a valu en 2016 l’amputation de la jambe gauche, Larry Cheick en témoigne dès le début de sa carrière avec Sarajevo Crime [signé des Reggae Roots] dont le tracklisting s’ouvre avec Massa (L’Éternel). Titre phare dudit album, Massa qui fait rencontrer musicalement le balafon et les instruments (dits) modernes sur un fond reggae roots, devient un tube.

“Nul ne sait sa fin, la foi est primordiale. Si tu es sans moyen, ne n’apitoie pas sur ton sort. Pour ce que tu fais, loue le Seigneur. Pouvoir, tous parlent de pouvoir. Avoir la foi n’est pas donné…”,
extrait de Massa que chante Larry.

Six albums plus Un

En 35 ans, depuis Sarajevo Crime, Larry Cheick comptabilise dans sa discographie six albums plus un. Épris de justice, le chanteur était un défenseur de la liberté, légalité et égalité, de l’unité et l’éducation pour tous. En témoigne ses albums (solo) Code Penal (1993) – nominé aux Africa Music Awards, Les dix commandements de Dieu moins 1 (1994), Procès (2002) puis Back to school (single, 2002). Pour résumer le tout, le chanteur offre en 2013 un Best Of qui synthétise le meilleur de ses productions. L’année d’après, à Ouagadougou, dans la capitale burkinabè, il est distingué “Malrley d’Or” du nom d’une cérémonie de récompense qui vise à promouvoir la musique reggae et à récompenser les artistes faiseurs de reggae.

Décédé le 5 juillet 2019 au CHU de Cocody, à Abidjan, sa famille artistique lui rendra un hommage à travers une veillée artistique le 13 juillet 2019, à Treichville – Place Ernesto Djédjé de la cité Arras. La séparation du corps d’avec les siens est prévu le 18 juillet au Cimetière d’Abobo Baoulé, dans la commune d’Abobo.

 

Koné SAYDOO

LIRE L’ARTICLE SUR LE SITE DE L’AUTEUR: https://www.farafinet.com/2019/07/10/hommage-%e2%94%82-layiri-o-cheick-confidences-de-lau-dela/

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