Le constitutionnaliste Souleymane Dé sur le DNI : «l’inclusivité du dialogue national ne doit pas être que de nom»

L’articulation des réformes politiques et institutionnelles obéit à l’instauration d’un climat politique et social apaisé. La grave crise politico-sécuritaire que connait notre pays peine à trouver une solution consensuelle. De part et d’autre, la société malienne reste fortement divisée sur les questions majeures de relèvement de l’Etat. Comme indiqué aux Termes de références du dialogue national inclusif, « la crise sans précédent et multidimensionnelle à laquelle, le Mali est confronté depuis 2012 impose le dialogue aux maliens en vue de construire une vision concertée, à la hauteur des défis de l’heure ». Et d’ajouter que « ces défis sont sécuritaires, économiques, politiques, institutionnels, sociaux culturels et climatiques ».

Face à la recrudescence des revendications tous azimuts, aucun malien ne peut rester statique alors que notre monde et nos valeurs évoluent, notamment la rapidité de l’information et de l’action. En même temps les initiatives ne sauraient constituer une arme purement politique ou une variable d’ajustement des gouvernants, seuls, pour faire face aux soubresauts d’une actualité à la fois foisonnante et inquiétante. L’appel du Président de la République à revoir l’accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, les récentes attaques de Boulkessy et de Mondoro prouvent à suffisance que le chemin pour une sortie définitive de la crise est long.

Ces récents évènements viennent s’ajouter à l’ébullition du climat social tendu, exacerbé parles difficultés engendrées par la réforme constitutionnelle, la prorogation du mandat des députés, la mise en œuvre intégrale de l’accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger pour ne citer que celles-ci, qui continuent à soulever de vives crispations du climat sociopolitique.

Le malien en a gros sur le cœur. Il a besoin de parler. Il lui faut extérioriser sa pensée, sa vision, ses inquiétudes et les faire entendre. Dès lors, le dialogue constitue, un gage réel pour l’épanouissement économique et social d’un Mali nouveau. L’accord politique de gouvernance du 2 mai 2019 a posé les bases de cette nécessité d’un dialogue national inclusif entre maliens.

L’on pourrait aisément en rapporter la preuve et démontrer combien la communication, l’information, la sensibilisation sur les thématiques majeures de la vie de la nation au plus près du citoyen constituent la garantie de l’instauration d’un climat de confiance, de transparence et de participation des citoyens à la vie de la cité. Ainsi, le dialogue national inclusif devient un exercice aussi fondamental que périlleux nécessitant un engagement citoyen accru.

L’instauration de ce cadre d’expression donne la parole aux populations dans le but de mieux anticiper les blocages au bon déroulement du processus, de partager les attentes, les craintes et espoirs des populations à la base, d’apaiser ou du moins d’atténuer les tensions, les suspicions, les crises de confiance et de représentativité entre les gouvernants et les populations.

Pour y arriver, il faut construire du consensus et de la confiance entre les maliens pour faire face aux enjeux du devenir de l’Etat. Les performances internes extrêmement faibles de notre système éducatif pour ne citer que ce seul enjeu, obligent à prévenir l’obscurantisme en offrant une éducation, une formation et une insertion professionnelle à une population très jeune : 70% – 30 ans, les 0-18 ans 53%, les 0-14 ans 42 %.

Dès lors, le Dialogue National Inclusif n’est pas une négociation. Il doit nous conduire à libérer la parole sans tabou, briser les barrières de la méfiance et surmonter l’obstacle à l’inclusivité. Toutefois, il faut que le Triumvirat se donne les moyens de réussir l’inclusivité en ramenant au cœur des débats les partis politiques, les organisations de la société civile, les groupes armés signataires de l’accord de Bamako qui se sont retirés du processus. Même s’il est évident que l’inclusivité n’est pas l’unanimité, ce dialogue est un espace à saisir, à maximiser, à exploiter pour les discussions sur les thématiques majeures de la vie de la nation maliennes.

Dès lors, il est impérieux d’expliquer pourquoi on va vers un Dialogue National Inclusif ? Qu’est-ce que le Dialogue National Inclusif ? Pour qui le Dialogue National Inclusif ? Quelles sont les attentes, les craintes que le Dialogue National Inclusif peut soulever ?

Il s’agit là, des interrogations que chaque malien se doit d’avoir une réponse. L’instabilité au double plans politique et sécuritaire, les mouvements des jeunes pour la réhabilitation des routes de Kayes à Tombouctou, Badiangara en passant par Kati etc. rendent aujourd’hui, les réformes politiques et institutionnelles nécessaires sinon urgentes. La majorité des acteurs politiques, des organisations de la société civile conviennent de leur nécessité même si tous, ne sont pas nécessairement d’accord sur la méthode pour y arriver.

Le dialogue qui vient de démarrer par le niveau communal et les réformes en perspectives nécessitent la participation massive et inclusive. Il est une occasion qui doit permettre de recueillir l’avis des experts, des praticiens expérimentés, de laisser le temps au débat entre citoyens d’une part et entre les citoyens et leurs représentants d’autre part. Ce temps de dialogue doit être sincère, ouvert et transparent.

Pr Souleymane Dé

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